Phytosanitaires

Diagnostiquer les risques et maîtriser les conditions de mise en œuvre pour éviter la contamination des milieux

Avec la mise en place d'une surveillance systématique de la qualité des eaux depuis les années 90 et des normes de qualité exigeantes, la contamination des eaux par les produits phytosanitaires est devenue une préoccupation forte, en Alsace comme dans le reste de la France. L'ARAA contribue à l'effort d'identification des situations à risque et à la recherche de solutions pratiques pour les réduire.

Du constat de la contamination des eaux à la prévention des risques

La présence de produits phytosanitaires dans les eaux est une réalité avérée en Alsace, comme l'indiquent les opérations d'inventaire de la qualité des eaux souterraines et les réseaux de surveillance de la qualité des eaux de surface. Ces contaminations sont liées à l'usage des produits phytosanitaires par différents acteurs : utilisateurs professionnels agricoles, collectivités et gestionnaires de réseaux, jardiniers amateurs. En Alsace, 909 tonnes de produits phytosanitaires ont ainsi été vendues en 2013 (source ONEMA et DRAAF Alsace – Banque nationale de données des ventes des distributeurs de produits phytosanitaires) et 87 % de cette quantité l'a été par des professionnels de l’agriculture ou des zones non agricoles.

La première mesure permettant de limiter les risques est la limitation du recours aux traitements : c'est dans cette voie que se sont engagés les acteurs du plan ECOPHYTO lancé en 2008, décidé en application des engagements du Grenelle de l'environnement de 2007.

Quand le recours à un traitement est nécessaire, la maîtrise des risques passe par des approches différentes selon les types de contamination possibles. En effet, l'origine des contaminations peut être due à des pollutions ponctuelles ou bien à des émissions diffuses.

Les pollutions ponctuelles ont pour origine toutes les opérations que nécessite la mise en œuvre des traitements : transport et stockage des produits, remplissage des équipements de traitement, nettoyage de ces équipements, élimination des emballages. Leur maîtrise peut être facilement atteinte par l'adaptation des matériels et le respect des réglementations et procédures. Elle passe ainsi par la sensibilisation et la formation de tous les utilisateurs.

Les pollutions diffuses sont constituées par les transferts des produits phytosanitaires hors des parcelles, après l'application d'un produit dans des conditions normales d'usage. L'évaluation de ce risque nécessite une bonne connaissance des processus qui commandent les transferts vers les ressources en eau ainsi que des conditions parcellaires qui vont interférer : le type de sol, sa structure et sa teneur en eau, les pluies, l'état de développement du couvert végétal. Par des dispositifs de mesures installés dans des parcelles, et par le développement et la mise en œuvre d'outils de diagnostic, l'ARAA contribue à la prise en compte de ce risque dans l'évolution des conseils et des pratiques des agriculteurs.

 

Des mesures directes de fuites pour identifier les situations à risques et les solutions agronomiques

Le site de Geispitzen occupe un versant de colline dans le Sundgau. 3 parcelles de plus de 2ha chacune sont équipées pour mesurer la quantité d'eau qui ruisselle et prélever des échantillons aux fins d'analyses.Durant 12 années, de 2001 à 2012, dans le cadre d'une collaboration avec ARVALIS, la Chambre d'Agriculture du Haut-Rhin et SYNGENTA, le site expérimental de Geispitzen (68) a permis de mesurer les pertes par ruissellement de diverses substances actives désherbantes du maïs. Il a démontré l'efficacité de certaines techniques pour limiter ces pertes : les bandes enherbées en bas de pente qui interceptent le ruissellement, les techniques culturales sans labour qui réduisent fortement celui-ci dans les parcelles. Les données enregistrées permettent aussi de tester des modèles et indicateurs d'évaluation du risque de pertes.

 

Les échantillons d'eau prélevés dans les bougies poreuses durant une campagne sont stockés en congélation avant sélection pour la recherche des produits phytosanitaires.Depuis 2006, certains sites du réseau observatoire des fuites de nitrates sous parcelles agricoles sont utilisés pour surveiller les éventuelles fuites de produits phytosanitaires vers les eaux souterraines en lien avec les pratiques des agriculteurs partenaires et des caractéristiques du milieu. Ces dispositifs permettent également d'appréhender les conséquences de la différenciation des modes de travail du sol ou de l'évolution des systèmes de culture : adoption du non-labour ou du semis direct, diversification des successions de cultures.

Là aussi, les données enregistrées vont permettre de tester des modèles et indicateurs d'évaluation du risque de pertes par lessivage et de disposer de résultats réellement observés pour la sensibilisation et la formation des acteurs.

 

Le développement d'outils pratiques pour évaluer les risques

Pour les pollutions diffuses, qu'il s'agisse d'une parcelle ou d'un bassin versant , la complexité des processus de transfert oblige à recourir à des outils de diagnostic très élaborés pour rendre compte des risques de contamination des milieux. L'ARAA contribue aux évolutions de l'indicateur I-PHY® développé à partir de 1996 par l'INRA Colmar - équipe Agriculture durable.
L'association a également élaboré, en collaboration avec l'APRONA et pour le compte de la DREAL, une méthode de classification des bassins versants en fonction de leur sensibilité aux produits phytosanitaires, mise en œuvre sur l'ensemble de la région Alsace en 2005.

Plus récemment, en 2014, l’ARAA a développé une méthode pour identifier les sources potentielles de la pollution diffuse des eaux de surface par les produits phytosanitaires en zone agricole. Ce modèle baptisé Phyto-TREC (TREC = Transferts par Ruissellement et Erosion jusqu’au Cours d’eau) peut être utilisé pour focaliser l’action de conseil agricole sur les surfaces les plus pertinentes et ainsi gagner en efficacité.

 

L’appui aux diagnostics locaux

Dans le cadre des opérations AGRI-MIEUX, et en complément du travail d'évaluation portant sur l'évolution des pratiques de gestion de l'azote par les agriculteurs, l'ARAA contribue à des diagnostics sur les pratiques d'utilisation des produits phytosanitaires, à l'échelle de la petite région agricole ou viticole, dans le but de comprendre l'origine des substances détectées dans les réseaux de surveillance de la qualité des eaux. Les informations collectées par enquêtes sont traitées avec l'aide de l'indicateur I-PHY® pour rendre compte des risques de pollutions diffuses.

De plus, des questions spécifiques concernant la manipulation des produits phytosanitaires, le rinçage et le lavage du matériel de pulvérisation renseignent sur l’existence des pratiques les plus à risque en termes de pollutions ponctuelles des eaux. Les résultats de ces évaluations sont utilisés par les Comités de pilotage des opérations pour définir le contenu des actions de prévention des risques ‘phytosanitaires' qu'elles développent.

Imaginer des systèmes de culture économes en phytosanitaires et les évaluer au champ

L’ARAA participe au Plan Ecophyto au travers d’expérimentations système via le dispositif DéphyEXPE. Des systèmes de culture y sont conçus pour un faible usage de phytosanitaires, en mobilisant des combinaisons de techniques de lutte alternative ou de prévention. Ces systèmes de culture imaginés sur le papier sont ensuite mis en œuvre au champ et l’usage réel de phytosanitaires est mesuré, ainsi que d’autres performances du système de culture, comme sa rentabilité ou ses impacts sur le milieu. L’ARAA pilote le projet DéphyEXPE InnoviPest en grande culture et polyculture-élevage, participe au projet DéphyEXPE de la Chambre Régionale de Bourgogne en grandes cultures et au projet DéphyEXPE PEPSVI de l’INRA de Colmar en viticulture.

Plus d’informations sur les expérimentations système de l’ARAA